Ra.One / Voltage

Quand le jeu vidéo s’invite dans la ville …


Voilà un petit détour qui n’est pas une digression dans notre parcours vidéo-ludique, mais un apport de fraîcheur venu du pays coloré de l’Inde. Et ce n’est pas pour un jeu vidéo, mais pour une production cinématographique en rapport avec le monde pixelisé qui nous intéresse. Un brin d’exotisme, une pincée d’humour, de l’action qui colle aux effets spéciaux, tout pour faire un film loin des standards européens.

Pour les novices du cinéma indien, il faut rappeler qu’il existe depuis le début du XXème siècle, donc presque dès le début de son invention. De nos jours, l’Inde est le plus grand producteur en nombre de films édités par an. Son cinéma est influencé par les différentes cultures et régions qui le compose, et il n’y a pas qu’un seul cinéma indien. Le cinéma de Bollywood (contraction de Bombay et Hollywood) est le plus populaire et le plus exporté d’Inde, il est en hindi et est un mélange de genre (masala). Il est composé également de chansons chorégraphiées qui sont en rupture avec l’histoire et qui marque un temps de repos dans la narration. Ra.One (pour Random access version 1.0) est sorti en 2011, c’est un film de science-fiction réalisé par Anubhav Sinha et porté par les acteurs stars Arjun Rampal, Kareena Kapoor et surtout l’incontournable Shahrukh Khan.

Le film a changé de titre depuis. Arrivé en France en 2013, il porte le doux nom de Voltage, en référence cette fois-ci au héros et non au bad guy.

Shekhar est un créateur de jeu vidéo qui, suite à un ultimatum, doit concevoir une œuvre à succès sous peine de perdre son métier. Chez lui, son fils Prateek est dans une phase « mon père est nul » et malgré les efforts de Shekhar, celui-ci s’enfonce davantage et avec lourdeur… Afin de se rapprocher de lui, Shekhar lui parle de son prochain jeu. Prateek lui dit de se concentrer sur le méchant, plus intéressant que le gentil. Alors que Shekhar prône la gentillesse et la bonté, Prateek lui préfère les mauvais côtés. Pour faire plaisir à son fils, il dote le jeu d’un méchant surpuissant, aux nombreux pouvoirs dont le changement d’apparence : Ra One (en référence à Raavan, le roi démon à dix têtes qui enlève Sita dans le Ramayana). Le héros (G. One) quant à lui n’est pas aussi puissant, il possède en outre le faciès de son créateur Shekhar (et aussi quelques unes de ses qualités, notamment une connaissance des proverbes indiens !).

Le jeu créé est un jeu de combat à un contre un qui se déroule en trois parties : une partie de pilonnage de boules d’énergie, une de combat à mains nues et une dernière de tir. Les deux protagonistes ne peuvent mourir qu’en recevant une balle en plein cœur. Autre chose, si leur cœur est enlevé de leur combinaison (un cœur rouge par Ra One, un bleu pour G One), peu importe les dégâts qu’ils recevront, ils ne pourront pas mourir et se reconstitueront s’ils sont entièrement détruits. Mais, cette invulnérabilité n’est pas sans un prix, ils sont incomplets sans leur cœur et également moins puissants. Le jeu n’aurait pas d’intérêt si les commandes ne passaient pas par une combinaison de reconnaissance de mouvement !

ATTENTION : DÉBUT DU SPOILER

Lors de la soirée de lancement du jeu, Prateek l’essaye et combat d’une façon remarquable contre Ra.One. Celui-ci, qui commence à avoir une existence propre, en prend ombrage et souhaite continuer le combat inachevé par l’abandon de Prateek qui a dû suivre ses parents. Ra.One réussit à sortir du jeu et prend l’apparence du co-concepteur du jeu tout en le supprimant. Shekhar le rencontre et meurt en tentant de protéger l’identité de son fils. Le lendemain, Prateek comprend que c’est Ra.One qui a tué son père et tente avec un autre concepteur du jeu de recommencer les mêmes actions qui ont menées à l’existence physique de Ra.One, mais sur le héros du jeu, G.One. G.One réussit à sauver Prateek et sa mère dans un combat de voitures volantes contre Ra.One, qu’il désintègre lors d’une déflagration, tout en ayant enlever son cœur au préalable.

Ils décident de fuir, de la Grande-Bretagne à l’Inde. G.One les suit et devient leur ange gardien, car il sait que Ra.One va revenir les pourchasser. Celui-ci se reforme et prend l’apparence d’un mannequin sur une publicité. Il retrouve leur trace et enlève la mère et le fils. Le combat final voit évidemment la fin du méchant, grâce à la bonté que Shekhar a placé dans son héros (et notamment un proverbe…). G.One meurt également dans l’affrontement, laissant son cœur aux mains de Prateek. L’image finale montre Prateek réussissant à faire revivre son héros…

FIN DU SPOILER

Ce sont presque 170 minutes d’actions, de comédies, de romances, de drames et de musiques, dans un mélange qui prend plutôt bien. Il est assez rare de voir des films de science-fiction indiens (mais on peut noter le récent Endhiran), ou même de super-héros (bon il y a Krrish et sa suite Krrish 2). Pour ceux à qui l’argent parle, le film a coûté la bagatelle de 39 millions de dollars, ce qui en fait le film le plus cher du cinéma indien (à ce jour, record souvent battu). Les effets spéciaux sont excellents, ils ont été créés à Hollywood ce qui a repoussé la sortie internationale du film au cinéma. Si on parle de marché international, c’est parce que le film a clairement l’ambition de sortir des frontières de son pays. Preuves en sont l’affluence de scènes violentes (qui montrent du sang – chose très rare dans le cinéma indien), le nombre moins conséquent de scènes dansées et chantées, l’histoire qui est celle d’un super-héros (qui plus est costumé) et les produits dérivés, par exemple le comics. Il y a toutefois quelques invraisemblances (comme c’est souvent le cas dans le cinéma de Bollywood), notamment dans le métier de concepteur de jeu vidéo qui ressemble plus à celui de technicien en robotique !

L’histoire est un mélange de Terminator, Matrix et Tron, voire d’Iron man. C’est une histoire d’intelligence artificielle, non humaine, un programme informatique qui apprend, tout comme dans Terminator auquel on doit aussi la course-poursuite, les cicatrices de G.One sur le visage, la reconstitution des corps des deux protagonistes principaux, le « I’ll be back », la scène avec Ra.One qui se fait passer pour un autre au téléphone tout en tuant la famille de son identité. De Matrix, on a comme références tout le côté database, l’esthétique des lignes irréelles, l’illusion de la vie, les combats de kung fu, les sauts en hauteur vertigineux, le fameux 360° en caméra au ralenti et même les lunettes de soleil ! On retiendra également le « cœur » qu’a Iron man sur sa poitrine, ainsi que son coup de poing par terre qui crée une déflagration. Quant à Tron, le bleu du costume qui brille et l’idée de débordement de l’immatériel dans la vie y fait clairement référence avec une différence notable, au lieu d’aller dans le jeu, c’est celui-ci qui prend place dans la réalité. D’ailleurs, pour la scène du combat final, c’est jusqu’au décor du jeu qui prend place dans notre monde.

Le film comporte plusieurs clins d’œil à la production indienne (quelques notes de musiques de Kuch kuch hota hai, la présence du héros de Endhiran). Bien évidemment comme toute production de cet acabit, des numéros dansés sont exécutés par les acteurs. La danse et les chants allègent le propos. Et encore une fois, c’est pour une ouverture vers l’international car Akon chante deux chansons du film, Criminal et Chammak Challo. On peut aussi noter qu’une des chansons est une version hindie de Stand by me

Il ne vous reste plus qu’à aller le voir, malheureusement pas au cinéma car ce film a été privé d’une sortie française. Rappelons qu’il y a d’excellents acteurs : la sublime Kareena Kapoor, le starissime Shahrukh Khan, et le musculeux mais néanmoins très efficace dans son rôle Arjun Rampal. Et si par hasard la mayonnaise prenait chez vous, de nombreux titres valables existent (qui n’ont malheureusement pas de rapport avec le jeu vidéo) : La Famille indienne, Kuch kuch hota hai, Lagaan, Devdas, Black, Veer-Zaara, Swades, Don ou Jodhaa Akbar.

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