Okami

au pays du soleil levant


Médusé d’amour

Le chant du loup gris s’évade

Au lever du jour

Voici un haïku pour donner le ton car Okami est un jeu d’une grande originalité, qui conjugue la poésie et la culture japonaise sous une esthétique fabuleuse. C’est à Capcom que nous devons cet ovni qui l’édite en 2007 sur Playstation 2 et en 2008 sur Wii. Laissez-vous envouter par le folklore coloré de l’île du soleil levant…

Ce jeu d’action/aventure est développé par Clover Studio. Vous êtes la louve Okami, incarnation vivante de la déesse du soleil Amateratsu. Avec l’aide d’un grand guerrier, Izanagi, vous avez combattu et défait cent ans auparavant, toujours sous la forme d’un loup, le dragon à 8 têtes Orochi. Mais celui-ci a été réveillé et libéré. Vous devez de nouveau libérer le monde de sa malédiction. Guidée par Issun l’errant, un jeune homme de la taille d’une puce (très susceptible quant à sa taille, et légèrement pervers aussi) expert en calligraphie, il vous faut retrouver les dieux du pinceau céleste afin d’avoir une chance contre l’affreux démon.

C’est un sacré voyage que vous entreprenez, à travers un Japon médiéval qui vit ses mythes et légendes. Son paysage, ses habitants, bref son écologie tout entière est marquée par la malédiction du dragon, et les plantes se meurent. Mais Amateratsu est la déesse du soleil et de la renaissance, et derrière votre passage, fleurs et plantes apparaissent. Pour redonner des couleurs à ce monde terne, il vous faut battre les yokais qui ont envahi les régions (démons typiques du folklore japonais), faire refleurir les arbres (dont les arbres-gardiens, gigantesques cerisiers aux fleurs roses). Vous pouvez même nourrir les animaux avec leur nourriture préférée, ils vous en seront reconnaissants (ils ont alors des petits cœurs autour d’eux quand ils croisent la louve). Pour toute action qui fait revivre la faune et la flore, ou même pour  l’aide apportée aux habitants, vous vous voyez récompensé par des sphères de bonheur. Celles-ci permettent de booster les compétences de la louve (longueur de la barre de viebarre représentant l'état de santé du personnage selon son remplissage généralement par de la couleur sous forme de soleils, taille du porte-monnaie, quantité d’encre pour le pinceau, nombre de résurrection grâce à « l’estomac mystique »). A ceci s’ajoutent des quêtes secondaires, histoire de parfaire vos pouvoirs. On est à la limite des genres et Okami emprunte au jeu d’action (combattre des monstres), au jeu d’aventure (parcourir des niveaux à la recherche d’éléments spécifiques qui débloquent d’autres niveaux) et même au RPGRole Playing game, jeu vidéo utilisant les principes du jeu de rôle (quêtes annexes, cycle des jours et des nuits, énigmes à résoudre). D’ailleurs, le gameplaycaractéristiques d'un jeu qui permettent de l'apprécier. Comprend la maniabilité, la facilité de prise en main, l'architecture du jeu, la jouabilité ... général est similaire à celui de la série Legend of Zelda.

C’est, à ce que vous pouvez constater, un jeu au gameplaycaractéristiques d'un jeu qui permettent de l'apprécier. Comprend la maniabilité, la facilité de prise en main, l'architecture du jeu, la jouabilité ... déjà très riche, et d’autres level designerconcepteur de la structure des niveaux d'un jeu, à la fois en terme d'architecture et de mise en application du gameplay, véritable ossature du jeu s’en seraient contenté. Mais, ce n’est pas tout… Vous possédez le pinceau céleste, capable des créer des miracles. Lorsqu’on l’utilise, le temps s’arrête (le décor devient une estampe japonaise, et même le point de vue se modifie !) et on peut influer sur les décors, les personnages ou même la météo. Il y a 15 techniques de pinceau (faire apparaître le soleil, réparer les objets cassés, trancher des objets, créer des bombes, faire fleurir les arbres, faire pousser des nénuphars, créer des lianes et s’en servir, créer des jets d’eau, faire apparaître la lune, créer des bourrasques, maîtriser le feu, ralentir le temps, grimper le long de certains murs, maîtriser la foudre). Les techniques sont apprises au fur et à mesure du jeu, en complétant des constellations inspirées du zodiaque chinois (on rencontre d’ailleurs ces divinités dans de petites scénettes amusantes). L’utilisation du pinceau est primordiale et demande de la pratique, heureusement il y a de nombreuses occasions (la Wiimote permet de dessiner avec plus de facilité qu’avec la Dualshock 2, on peut être étonné d’ailleurs que ce jeu soit sorti tout d’abord sur Playstation tant le système de commande semble adapté pour la Wii).

Flash required

Les combats prennent place dans une arène aux couleurs démoniaques, Amateratsu peut utiliser des armes, des techniques de combat apprises dans un dojo ou son pinceau céleste et ses différentes techniques. Les armes sont inspirées du trésor impérial du Japon (l’épée, le bouclier et le rosaire). Une originalité pour leur utilisation fait que l’on utilise une arme principale et une arme secondaire, leur action suivant leur place change. Outre les nombreuses espèces de yokaï que nous rencontrons (des singes batteurs, des poissons volants, des yeux montés sur des roues du tonnerre, …), la louve est confrontée aux bossennemi plus puissant que les autres, à battre à la fin d'un niveau ou d'un donjon les plus imposants qui soient (Reine Araignée, Casque Ardent, Orochi, Ekibyo, …), mais aussi à Ushiwaka qui semble éprouver ses forces afin de mieux l’entraîner (c’est un moine-guerrier ayant bel et bien existé au XIIème siècle). Toutes les informations sur les monstres, les animaux rencontrés, les techniques de pinceau et même des indices sur la suite du jeu sont compilées dans un menu.

C’est une aventure fantastique en plein dans le folklore et la religion shinto (religion polythéiste et animiste qui fait partie intégrante de la culture japonaise). Ainsi, nous croisons yokaï (démons typiques), kami (dieux et divinités) et votre nature divine n’est devinée que par vos pairs, les humains voyant en vous un simple loup et en vos actions des miracles. Vos pas croisent de grands guerriers connus des mythes nippons, des torii (grandes arches rouges en bois, entrées des domaines sacrés des dieux) qui sont légions et même l’empereur (qui je le rappelle est sensé être un descendant de la déesse du soleil-vous). Tout contribue à faire un voyage fantastique et dépaysant dans une ambiance visuelle et sonore à nul autre jeu pareil. Les graphismes sont très originaux, ils s’appuient sur l’art de l’estampe japonaise (par exemple, lorsque l’on rencontre un ennemi pour la première fois, une estampe ancienne le présente ou lorsque l’on prend le pinceau céleste, on utilise de l’encre de Chine). Les couleurs utilisent le cell shadingprocédé destiné à rendre les graphismes d'un jeu proche de la bande dessinée : contours noirs, palette de couleurs proche du rendu dessin animé,... Quelques exemples : Jet set radio, Fear effect, DragonBall Z Budokai 2, The Legend of Zelda : the Wind waker, ... façon aquarelle, avec des couleurs tendres. Un autre procédé donne cette touche particulière à Okami : un filtre créé une texture granuleuse comme un rouleau japonais ou du papier de riz. De plus, le jeu est entrecoupé de petites cinématiques où l’art de l’illustration japonaise prend tout son sens.

La bande originale du jeu participe de cette ambiance authentique. Aux commandes, Masami Ueda (Devil may cry, Resident evil), Hiroshi Yamaguchi (Bayonetta, Okamiden), Akari Groves et Rei Kondoh (moins connus). Leur travail est admirable et l’immersion est totale. C’est environ 200 titres différents qui sonnent aux détours des chemins (on comprend pourquoi il y a 4 compositeurs !) avec force flûtes, kotos et biwas, tambours et autres instruments traditionnels. Certains morceaux s’inspirent du théâtre Nô ou Kabuki. De nombreux titres respirent la sérénité et vous emmènent  loin sur les ailes de leur chant (on se surprend même à ne pas écourter la petite animation de Amateratsu nourrissant des animaux afin d’écouter cette mélodie simple et apaisante). Bien sûr, d’autres musiques remplissent leur rôle d’illustration de l’action, et avec brio (le thème de Susanoo ne manque d’épique, celui d’Issun se veut très drôle) !

Une autre caractéristique de ce jeu est à ne pas oublier : il y a énormément d’humour et de second degré (Issun le pervers qui veut sauter dans le kimono de jolies filles …). Le comique de certaines autres situations peut échapper à l’occidental, peu au fait des mythes japonais, car des événements prennent à contre courant ce que le japonais sait et créent des équivoques. Les voix baragouinées contribuent à un comique de situation. Okami est aussi un jeu d’une longue durée de vie, fait assez rare pour le souligner parmi les dernières productions du même genre.

Grâce à son ambiance envoûtante, Okami a gagné de nombreux prix bien mérités. C’est en effet un titre à la beauté, la poésie, la sérénité peu commune. Allez, n’ayons pas peur des mots, une œuvre d’art ! Il a connu une suite, Okamiden, sur Nintendo DS, sorti en 2011. Nous pouvons aussi retrouver la déesse louve en personnage jouable dans le jeu de combat Marvel vs Capcom 3 : Fate of two worlds.

Share and Enjoy:
  • Print
  • Digg
  • StumbleUpon
  • del.icio.us
  • Facebook
  • Yahoo! Buzz
  • Twitter
  • Google Bookmarks
  • email
  • Live
  • Netvibes
  • PDF
  • RSS

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.

Time limit is exhausted. Please reload CAPTCHA.