Loom

le tisseur de mélodie

« Toi, enfant du Loom, celui par qui le malheur arrive, sois maudit ! Ta naissance et ta seule existence ont perturbé la trame et engendré le chaos. Ton nom, Bobbin Threadbare, sera synonyme de malheur pour tout ceux qui croiseront ta route. » Telles furent les dernières paroles des Anciens envers vous, peu de temps avant leur transformation en cygnes. Votre destinée est celle du changement, et le changement fait peur à l’ordre établi… Allez, Bobbin a besoin de vous, redressez-vous, haut les cœurs et en avant dans cette quête, votre combat contre le chaos !

Loom est un jeu d’aventure, un point & clickjeu d'aventure et d'exploration où l'interaction se fait à l'aide d'une souris en cliquant sur les éléments du jeu,  développé par LucasArts (Lucasfilm Games à l’époque) et qui fut porté en 1990 sur PC, Amiga, Atari ST, FM Towns. Ce titre est le quatrième utilisant le moteur de jeu SCUMM, après Maniac mansion, Zak McKracken and the alien mindbenders et Indiana Jones et la dernière croisade. La particularité de ce moteur de jeu pour l’époque est son extrême facilité tant dans la conception du jeu que dans son portagefait de transporter une application d'une plate-forme à une autre vers de différentes plateformes. Le jeu était vendu avec une cassette audio d’une 1/2 heure qui contait l’histoire de Bobbin et nous éclairait sur sa destinée.

Dans un monde où chacun appartient à une guilde de métier (berger, forgeron, clerc, orfèvre, tisserand), où tous ses individus se regroupent en ville, la guilde des tisserands a dépassé son art et peut influencer la trame même de la réalité. Son immense pouvoir faisant peur à toutes les autres corporations, elle dût s’isoler sur une île lointaine, l’île de Loom (qui est aussi le nom du jeu et du métier à tisser sacré des tisserands). C’est sur cette île que commence l’aventure pour Bobbin Threadbare, un enfant de Loom, exclu pour une raison inconnue de l’apprentissage de tisserand (à vous de lui apprendre les techniques de tissage). Dans la ville déserte, Bobbin surprend une conversation houleuse entre les Anciens, maîtres tisserands de l’île et garants de l’ordre, et Hetchel, celle qui s’est occupée de Bobbin et lui a secrètement enseigné des rudiments de tissage. Un cygne apparaît qui métamorphose les Anciens eux-mêmes en cygnes et les emmène dans une déchirure de la « trame ». Bobbin récupère la quenouille de l’un des Anciens, un bâton, seul élément capable de tisser des sorts.

Ici commence le jeu à proprement parler, et la phase d’exploration du monde. C’est bien entendu à la souris que se déroule cette aventure, vous allez devoir cliquer sur les éléments de votre environnement pour voir les possibilités d’interaction et sur les personnages pour engager une conversation. Les objets sur lesquels on peut agir apparaissent en dehors du cadre du jeu lorsque l’on passe la souris dessus. Ils ne peuvent pas être ramassés, le héros n’ayant aucun inventaire. Certains éléments (objets, êtres humains, composants) répondent à votre souris inquisitrice par une mélodie de quatre notes (attention ceci est la base, originale et particulière, du gameplaycaractéristiques d'un jeu qui permettent de l'apprécier. Comprend la maniabilité, la facilité de prise en main, l'architecture du jeu, la jouabilité ... du jeu). Cette mélodie représente une des qualités de l’objet. Par exemple, cliquer sur un linge teint en vert vous apprendra le sort de teinture. En bas de l’écran de jeu et suivant le niveau de difficulté que vous avez choisi, la quenouille est apparente avec une portée musicale dans toute sa longueur. Dessus, des notes apparaissent (trois au début) qui brillent quand les mélodies sont jouées. Vous allez pouvoir reproduire les mélodies que vous aurez appris sur des objets sélectionnés. Munissez vous alors d’un crayon et d’une feuille car les combinaisons de notes sont propres à chaque partie.

Flash required

Les sorts que vous découvrez vous aident à résoudre des problèmes et des puzzles (d’une façon quelque fois assez farfelue). Les sorts sont variés et leur nom détermine leur sphère d’influence : ouverture, vision nocturne, tissage de l’or, teinture, remplissage, torsion, invisibilité, aiguisage, épouvante, réveil, guérison, reflet, muet, cuisson, destruction et transcendance (le plus puissant, celui qui métamorphose en cygne et permet d’accéder à d’autres plans de l’existence). Chaque sort a son utilité (oui, même le sort teinture en vert !). La notation anglo-saxonne est utilisée pour les notes de musique, on commence avec une portée de 3 notes : C, D, E (qui correspondent à do, ré, mi dans notre notation). Au fur et à mesure de la réussite de l’aventure, le nombre de notes jouables augmentent, pour finir par faire une tessiture (étendue musicale) d’un octave (C, D, E, F, G, A, B, C’ correspondant à do, ré, mi, fa, sol, la, si, do aigu). Bobbin gagne une note après plusieurs actions décisives, quand l’aventure avance. Un des mécanismes du jeu à comprendre assez rapidement (et là, je vous aide un tout petit peu si vous comptez y jouer), c’est que certaines mélodies sont réversibles et donnent un effet inverse. D’autres mélodies sont des palindromes (lisibles et égales dans les deux sens) et font strictement la même chose à l’envers comme à l’endroit.

C’est une aventure dans la fantasy moderne et classique, d’une indéniable poésie. Le script a été arrangé (a priori) par Orson Scott Card, du moins il apparaît au générique. On peut certes voir une ressemblance frappante avec les tisseuses de destin dans sa série les Chroniques d’Alvin le faiseur. Les trois Anciens quant à eux portent les noms des trois Parques ou Moires, divinités grecques en charge du destin. La figure, ô combien chère à la fantasy et à l’heroic fantasygenre littéraire déterminé par l'utilisation de la magie ou du merveilleux dans un milieu médiéval tel que le Seigneur des anneaux ou Conan le barbare. L'utilisation de ce genre s'est généralisée aux autres domaines artistiques, du dragon est aussi présente et sa légendaire avarice face à l’or est ici reprise. Les allégories de la Mort et du Chaos sont aussi utilisées, tant dans le personnage même du Chaos que dans l’utilisation de la faux ou dans la malédiction des tisserands derrière leur capuche, qui apporte la mort à celui qui les voient.

Le jeu est visuellement et techniquement daté, les graphismes sont pixelisés, mais cela lui donne un charme indéniable. Quelques scènes de dialogues montrent la personne rencontrée en plan fixe, sans animation, façon bande dessinée. De même, les couleurs ne sont pas nombreuses et leur gamme n’est pas très étendue. Les commandes sont simples et très intuitives, cliquer dans une direction fait avancer Bobbin et cliquer sur un objet montre son usage. Le système d’utilisation de la musique pour faire des sorts est très original et remplace toutes les commandes traditionnelles du genre (ouvrir, utiliser, …), mais il réduit aussi les actions (de toute façon, Bobbin est un assisté pessimiste qui ne peut rien faire sans vous). Alors que le jeu paraît très ouvert et de nombreuses possibilités semblent s’ouvrir à chaque pas, la progression est linéaire, et c’est finalement un univers très fermé avec peu d’alternatives. La difficulté est donc assez moindre et c’est après quelques heures de jeu que vous pourrez admirer la belle fin. C’est aussi un jeu où le protagoniste principal ne meurt pas.

La musique a évidemment une grande place dans ce jeu. Tous les sorts sont accompagnés par des arpèges à la harpe lorsqu’ils sont réussis. Il y a seulement 4 notes de tissage, jouées par une sorte de violon. On ne sera pas étonné d’entendre des extraits du Lac des cygnes de Tchaikovsky agrémenter les passages oniriques du jeu. The Fat man (a.k.a. George Sanger) est le compositeur et arrangeur de la musique, il est aussi connu pour avoir composé les bandes originales de Wing commander, Ultima underworld ou The 7th guest. Et c’est avec lyrisme que l’aventure commence, une mélodie accompagnée par des arpèges à la harpe qui prend un tour triste et mélancolique, mais qui correspond avec l’envol des cygnes de l’ouverture, tout un poème !

Loom aurait dû connaître deux suites (Forge et The Fold), prévues après une fin relativement ouverte. Mais, le studio a préféré vogué vers d’autres horizons. Il faut toutefois reconnaître que Loom est un bon jeu encore aujourd’hui, qui possède un gameplaycaractéristiques d'un jeu qui permettent de l'apprécier. Comprend la maniabilité, la facilité de prise en main, l'architecture du jeu, la jouabilité ... atypique, intelligent et travaillé, prémices d’autres perles du genre point & clickjeu d'aventure et d'exploration où l'interaction se fait à l'aide d'une souris en cliquant sur les éléments du jeu.

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