Limbo

réveil dans le noir…

Amis masochistes, bienvenue ! Voici le dernier jeu qui fait date en matière de douleur. Enfilez votre casque à diodes permettant de relayer les souffrances du héros et parcourez ces espaces dangereux où la mort est le maître-mot. En fait, en matière de douleurs, celles-ci sont toutes mortelles et peu de joueurs sont revenus insatisfaits… Vos compagnons sadiques seront bien évidemment content d’assister à votre calvaire : un jeu fait pour vous ! Vous voilà donc, jeune garçon innocent en prise avec les pires tourments de vos cauchemars monochromatiques. Un délice !

Limbo est le premier jeu édité par Playdead, un studio danois indépendant. Il est disponible depuis 2010 sur le XBOXLive Arcade, puis en 2011 sur le PlaystationNetwork et sur Steam, les plateformes de téléchargement respectivement de la XBOX 360, de la Playstation 3 et du PC. C’est un jeu de plate-formesjeu où le héros évolue en sautant de plate-formes en plate-formes, en évitant les pièges et en combattant des ennemis (en 2D bien rétro) et de réflexion, il fait intervenir la résolution d’énigme et suit un scrollingdéfilement horizontal ou vertical de l'écran dans un jeu vidéo pour simuler le mouvement du joueur horizontal. Certains me demanderont ce qu’indépendant vient faire ici, un terme surtout utilisé au cinéma et en musique. Il n’y a pas de grande différence en matière de jeu vidéo. Les jeux vidéos dits indépendants sont issus de petits studios et ne bénéficient pas de la propagande médiatique due aux (gros) moyens des majors. Un certain affranchissement des effets spéciaux (les plus dispendieux) permet d’aller à l’essentiel et de faire la part belle à la création. Ces jeux sont généralement originaux, recherchés et possédant des idées et concepts simples. Ils sont disponibles en téléchargement car ils sont ainsi libérés du circuit coûteux du pressage et de la distribution. Certains développeurs sont devenus de véritables noms du milieu : Jonathan Blow (Braid), Jenova Chen (Flower), Markus Persson/Notch (Minecraft),… et maintenant Arnt Jensen (Limbo donc !).

Parlons du scénario… Euh, il n’y a pas vraiment de scénario ! En fait, il n’y a pas vraiment de couleur, de voix, de musique, pas de menu, pas de barre de viebarre représentant l'état de santé du personnage selon son remplissage généralement par de la couleur, pas d’équipement ni de pouvoir à obtenir, pas de narration … Je vous rassure, il y a quand même un jeu ! Tout ce que l’on sait au départ grâce à un carton (ces textes affichés dans le cinéma muet), c’est que « Incertain du sort de sa sœur, un garçon pénètre dans Limbo. » C’est mince, mais c’est suffisant pour commencer. Au début, pas de didacticielprogramme informatique destiné à l'apprentissage d'un logiciel. Appelé aussi tutoriel pour nous accueillir, on entre direct dans le jeu (on ne trouve d’ailleurs pas le protagoniste tout de suite). Mais rassurez-vous ! Nul besoin d’expliquer les commandes. La prise en main est simplissime car on ne peut que sauter et agir sur certains objets (en plus du déplacement, bien entendu).

Ce qui frappe en premier lieu, c’est l’utilisation du noir et blanc. Le jeu se base sur l’absence de couleur et sur les dégradés de gris pour le décor (serait-ce le « The Artist » du jeu vidéo ?). Si les personnages ont un style simple et épuré (ce sont des ombres), voire naïf, l’environnement et les objets ont une représentation réaliste. On se rend compte assez vite que l’atmosphère oppressante est due notamment à l’absence de mélodie et à l’utilisation de bruitages. Puis vient la première mort, rapide et inattendue. Les pièges et casses-tête sont nombreux et nous prennent de court. On meurt (très) souvent, la mort servant à ne pas renouveler l’erreur. Des points de sauvegardepermet au joueur de reprendre une partie à un point d'enregistrement sans avoir à recommencer tout le jeu. C'est un procédé souvent absent sur les consoles antérieures à la génération 16 bit (checkpoints) placés judicieusement permettent de se corriger et de ne pas (trop) s’énerver. Mais attention, ne pensez pas que ce système rend les choses plus faciles… Il ne les rend que faisables, tant les situations sont quelquefois complexes et retorses. De plus, elles se corsent au fur et à mesure du jeu. On a donc droit à un bel éventail de nombreuses morts différentes (empalement, décapitation, noyade, piqure mortelle d’araignée, écrasement …).

Chaque problème a sa solution et on avance par à coup, doucement mais surement. Le moteur physique est très réaliste (eau, balancement des cordes, pierres qui dévalent la pente) et la plupart des énigmes font intervenir des mécanismes simples. La progression est très linéaire, on passe  par une forêt brumeuse et inhospitalière, par une manufacture où l’homme est littéralement broyé ou par une ville en ruine. Il faut rappeler autre chose, selon les normes PEGIsystème européen de recommandation aux parents pour les jeux vidéos. Des pictogrammes sur la jaquette présente la classification par âge et par contenu., Limbo est déconseillé au moins de 18 ans. En effet, c’est un jeu violent, malgré ses graphismes simples. On rencontre aussi des créatures qui peuplent les cauchemars de certaines personnes (pas de spoiler même si on les rencontre dès le début). Certaines clefs de problèmes font appel à votre capacité à soutenir l’horreur… En effet, tout est fait pour conserver l’ambiance, qui tient le premier rôle. C’est glauque, violent et très original !

Limbo n’est malheureusement pas très long, il faut compter entre quatre et six heures pour le finir. Donc profitez bien du jeu la première fois, car à la seconde, on a perdu tout l’effet de surprise et de résolution des énigmes. Le jeune garçon que l’on dirige est muet et sans nom, il évolue dans un décor en noir et blanc avec toute une nuance de gris. Le jeu reprend l’esthétique des films d’horreur et l’univers du conte macabre. Il fait intervenir de nombreux effets empruntés au cinéma, notamment au cinéma de genre : effets de lumière, effets de grain et de flou, ombres gigantesques (cinéma expressionniste allemand), vignettage de l’écran.

Flash required

Il est rare de voir des jeux aussi aboutis graphiquement et qui possèdent une âme. La musique est presque inexistante, mais ce n’est pas un voyage dans le grand bleu pour autant. De nombreux bruitages viennent habiter la nuit de ce petit être, sans pour autant l’égayer, loin s’en faut ! L’ambiance sinistre est renforcée par ces sons, entre grésillements, crissements, voire miaulements d’effroi. L’angoisse est bel et bien présente sous chaque brindille écrasée, derrière chaque déclenchement de piège à loup.

Limbo, c’est les limbes, un lieu en marge de l’enfer ou du paradis, un lieu où les défunts errent pour trouver un sens à leur (non)vie. C’est peut-être le lieu où vous avez échoué… D’autant plus que la mort ne vous arrête pas vraiment ! Un vrai mort-vivant ! On peut y voir aussi le mythe d’Orphée revisité ? Sans rien en dévoiler, la fin en fera grincer plus d’un. Aucune explication ne sera donnée, à vous de vous trouver la votre !

Un petit hommage façon LittleBigPlanet :

Limbo a été très bien reçu et a contribué à donner l’intérêt que l’on connaît aux jeux à petit budget. Le jeu a été vendu en version dématérialisée, puis il a été regroupé avec deux autres pépites de la scène indépendante : Trials HD et ‘Splosion man.

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