Epic Mickey

la souris au pinceau


A plus de 80 ans, qui peut se targuer de vivre des aventures palpitantes, d’être toujours présent et universellement connu ? Mickey remplit toutes ces conditions. Bien évidemment, ça n’est pas du goût de tout le monde et il y a des jaloux, dont certains ont encore plus de raisons que d’autres de lui en vouloir. C’est sur ce postulat qu’est basé Epic Mickey, jeu de plate-formesjeu où le héros évolue en sautant de plate-formes en plate-formes, en évitant les pièges et en combattant des ennemis sorti sur Wii en 2010 et développé par Junction Point. Asseyez-vous et laissez-moi vous conter comment tout cela est arrivé…

Lorsqu’il n’était encore qu’un souriceau inconnu, encore ignorant des frasques de la célébrité, Mickey fut réveillé un matin par un étrange bruit venant de son miroir. Quand il le traversa, il découvrit le laboratoire du sorcier Yen Sid, tout occupé à créer une maquette de ville avec un pinceau magique. Bien évidemment au départ du magicien, notre espiègle compère s’empare du pinceau et découvre ses aptitudes. Seulement voilà, sa création échappe à son contrôle et en s’efforçant de l’effacer, Mickey renverse le flacon de diluant sur la maquette, créant des dégâts irréparables, et s’enfuit à toutes jambes. Bien des années plus tard, Mickey est maintenant la souris adulée, idole des petits et des grands, mais son passé le rattrape : une ombre démoniaque sort du miroir et le happe jusque dans la maquette magique. Alors qu’il pénètre dans le Monde de la Désolation, Mickey s’accroche au pinceau et l’emmène avec lui…

C’est dans un Disneyland perverti (qu’on croirait rêvé par Tim Burton !) que Mickey atterrit. Et nous voilà au cœur du problème, comment sortir de ce monde étrange, carrefour gothique entre un monde féérique et un monde cauchemardesque ? Le Monde de la Désolation (c’est bien son nom) est le lieu où se sont réfugiés les personnages oubliés, les laissés pour compte, les ébauches, les figurants et les personnages de second plan de l’univers des dessins animés. Autant dire que Mickey n’y a pas sa place ! C’est aussi un royaume autrefois gouverné par Oswald le lapin chanceux, premier succès de Walt Disney avant d’avoir créé sa souris fétiche. C’est donc a priori un lapin amer et jaloux du succès de Mickey que nous allons rencontrer… Mais, il n’est pas le seul personnage connu (et oublié) : Horace, Clarabelle, Pat Hibulaire, Yen Sid le sorcier de Fantasia (l’Apprenti sorcier), le Mad doctor, le Fantôme noir… Nous croisons même des personnages qui n’ont jamais abouti à un film, les gremlins, qui vont faire office de guide pour Mickey, ainsi que d’aide pour chaque gremlin libéré.

Mickey cherche son chemin, sautant et tournoyant vers la sortie et l’ultime confrontation. C’est en dialoguant avec les habitants de ce monde, en menant à bien certaines missions, qu’il progresse dans l’aventure. C’est un petit plus venant directement des jeux d’aventure et des RPGRole Playing game, jeu vidéo utilisant les principes du jeu de rôle. Toutes les missions ne sont pas utiles à l’avancement de la partie, mais certaines sont déterminantes. Mais, le jeu tourne vite aux allers et retours entre les différentes zones afin de trouver tel objet, et ça en devient rébarbatif. Le joueur peut reprendre sans aucun problème le jeu après tout arrêt de la console, les sauvegardespermettent au joueur de reprendre une partie à un point d'enregistrement sans avoir à recommencer tout le jeu. C'est un procédé souvent absent sur les consoles antérieures à la génération 16 bit sont automatiques, elles se font à l’issue d’actions spécifiques et à la suite des missions remplies, les rencontres et les actions déterminantes sont heureusement nombreuses. Il n’y a pas de continueoption accessible dans un jeu vidéo après avoir perdu toutes les vies du personnage, permet de continuer le jeu sans repartir du début. Alors que les vies permettent de repartir du même endroit, les continues permettent généralement de repartir du début du niveau, Mickey possède autant de vie que nécessaire pour finir le jeu. Quelques bossennemi plus puissant que les autres, à battre à la fin d'un niveau ou d'un donjon rythment le jeu avant la visite de nouvelles zones. Le gros problème du jeu réside dans la gestion de la caméra (principalement dans les coins), les vues posent problème par moment car on ne peut plus voir le héros et où il se dirige.

Epic Mickey – Cinématique d’introduction version… par CultureGames

La clé du jeu réside dans le pinceau, que la wiimote incarne à merveille. Celui-ci est le vecteur de la peinture et du diluant que Mickey peut utiliser sur les ennemis et sur certains éléments du décor. Il peut à loisir faire apparaître ou disparaître des objets (effacer le chambranle d’une porte pour qu’elle s’écroule, dessiner des plateformes, …). L’action du pinceau sur les ennemis est intéressante, on peut choisir de diluer les méchants ou de s’en faire des amis. Ce système de moralité s’étend aussi aux actions bonnes ou mauvaises que nous choisissons de faire, comme dans Fable ou InFamous (donner ou non son journal à Pat Hibulaire, capturer les lapinous ou les laisser libres …). Cette sorte de libre arbitre permet de débloquer des bonus (artworkscroquis et dessins relatifs au jeu, généralement c'est un travail préparatoire pendant la conception du jeu, cinématiquesphases non jouables qui mettent en place les éléments du scénario. Elles sont souvent produites en image de synthèse, court-métrages) et des power upobjet permettant d'améliorer son armement et sa puissance, notamment dans les shoot'em up qui diffèrent selon le choix qui est fait (augmentation de la barre de viebarre représentant l'état de santé du personnage selon son remplissage généralement par de la couleur, augmentation du réservoir à peinture ou à diluant, …).

C’est un Disneyland qui montre son côté obscur, revu et corrigé que Mickey visite. Le parc d’attraction comporte les mêmes zones que dans la réalité, seuls les noms changent : Meanstreet, Discoveryland, Ventureland, le Marais, on commence même l’aventure dans la partie Fantasyland. Chaque zone comporte plusieurs quartiers, et ces quartiers reprennent les différentes attractions. On passe entre chaque quartier d’une manière fort originale : un écran de projection fait office de pont. Mickey saute dans l’écran tendu où défile un de ses dessins animés passés, des court-métrages qui ont fait sa légende : Mickey et le haricot magique, Steamboat Willie, Clock cleaners, Thru the mirror, Mickey’s steam roller, Alpine cleambers, Plutopia, Mickey’s mechanical man, Jungle rhythm, the Castaway, the Whalers, Shangaied, Jolly Roger, Lonesome ghosts, the Mad doctor, the Haunted house, Ye olden days. On a aussi trois dessins animés d’Oswald le lapin chanceux et deux autres tirés de La Belle au bois dormant et de Fantasia. Ces courts passages de plate-formes en 2D donnent une dynamique au jeu par ailleurs légèrement répétitif.

Flash required

Warren Spector est le game designer, à qui l’on doit Deus Ex et Thief. Il a travaillé main dans la main avec les studios Disney et Pixar, ayant accès aux archives et projets de dessin animé. La volonté est de faire un jeu plus adulte, plus sombre et plus attractif au plus grand nombre, de redonner un coup de jeune à la star du studio. C’est un bel hommage, un jeu réussi, que Junction Point nous propose. Les références sont multiples tant à l’univers de Mickey (l’introduction qui rappelle « Thru the mirror« , les nombreux écrans de projection des films de Mickey, le téléphone dans la maison de Mickey, la radio dans une maison du Marais, la voiture de Mickey, les jeux NES de Mickey, le badge du Mickey Mouse club, le Fantôme noir qui est un ennemi de Mickey dans les comics …), qu’à l’univers de Disneyland (la maquette de la ville, le manège de Dumbo, le manège des tasses du Chapelier fou, le quartier de It’s a small world, la statue de Walt, le « Notilus », le manoir hanté et son ascenseur …) ou aux films de Disney (le sorcier et les balais de Fantasia, une statue de la « Bête », des vitraux représentant Scar et Maléfique, l’univers de Peter Pan dans Ventureland, Tortooga rappelant Pirates des Caraibes, Electro Pat rappelant Tron …). Les cinématiquesphases non jouables qui mettent en place les éléments du scénario. Elles sont souvent produites en image de synthèse sont faites dans un style rappelant celui de Mary Blair, une illustratrice de Disney, autre témoignage du réel travail sur le jeu. Pendant ces courts interludes, les personnages du jeu parlent, mais leur charabia est incompréhensible et contribue à créer cette esthétique amusant de dessin animé, moins sombre et à l’atmosphère moins lourde que pendant la phase de jeu proprement dite.

La musique est de James Dooley, également compositeur de musique de film. Il a composé la musique de Infamous, Infamous 2, Spiderman shattered dimensions entre autres. C’est une musique mystérieuse, onirique, sombre. La musique titre fait ressentir la magie et l’espoir que porte Mickey, et aussi une certaine légèreté que n’auront pas forcément les autres musiques. Lorsque Mickey rencontre ses anciens amis, oubliés, la musique emprunte au ragtime, pour figurer le grand âge de leurs aventures. James Dooley a eu l’ingéniosité de réutiliser les thèmes de Disneyland propres aux attractions dans ceux des différents quartiers. Ainsi, lors du combat contre le Beffroi résonne quelques notes de l’entêtant It’s a small world dans une version lugubre. De même, sur la montagne des déchets, le Mickey Mouse club March fait entendre son thème simple et reconnaissable, même si la fin en est changée. Au manoir, c’est la musique de la maison hantée, et dans Ventureland se font entendre les chants des Pirates de Caraïbes. Les thèmes d’Oswald et de Mickey se ressemblent beaucoup, avec une plus grande fragilité pour celui d’Oswald, qui donne un côté « grand-frère », sûr de lui pour le thème de Mickey. L’introduction, qui met en scène le magicien de Fantasia, revisite sans surprise le thème des balais dans l’Apprenti sorcier de Paul Dukas. Les courts-métrages de Mickey utilisent les musiques originales. C’est une très belle partition d’une grande noirceur et d’une égale magie.

Le jeu rappelle Adventures in the magic kingdom sur NES, où le joueur doit aider Mickey ou Dingo dans Disneyland (le vrai cette fois-ci !). Il reprend aussi l’atmosphère gothique de Castle of illusion, tout en le magnifiant.

Dans ce jeu, on devient auteur (ou presque) dans la légende de Mickey. Il y a de plus un double regard sur le dessin animé en tant que tel, et un jeu de miroir du dessin animé dans le dessin animé. Disney, champion tout comme Lucasfilms des produits dérivés et du merchandising (Starwars pour les incultes), a créé du contenu additionnel sur Iphone et Ipad pour ceux qui veulent continuer leur aventure (making off, infos sur les personnages, comics du jeu).

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