Enslaved : Odyssey to the west

le roi des singes et la reine des robots

Un des thèmes de fiction les plus chers et les plus porteurs est le futur de l’humanité. Les meilleurs auteurs de science-fiction se sont essayés à deviner notre avenir. De quoi sera fait notre société (dictatoriale comme dans 1984 de George Orwell, aseptisée comme dans Le meilleur des mondes d’Aldous Huxley, élitiste comme dans Bienvenue à Gattaca d’Andrew Niccol), comment la technologie révolutionnera nos lendemains (avec des Robots d’Isaac Asimov ou des cyborgs de Robocop de Paul Verhoeven) ? Dans nos pensées les plus noires, l’avenir de la Terre (et de l’homme par la même occasion) prend des allures de fin du monde où l’écologie est bouleversée (La Compagnie des glaces de George-Jean Arnaud ou Ravage de René Barjavel), de monde dévasté par de nouvelles maladies ou des mutations (Je suis une légende de Richard Matheson ou Les fils de l’homme d’Alfonso Cuaron), d’apocalypse où l’homme perd son humanité (La Route de Cormack McCarthy) ou sa maîtrise de la technologie (Terminator de James Cameron ou la trilogie Matrix des frères Wachowsky).

C’est dans un futur post-apocalyptique que se situe le jeu Enslaved : Odyssey to the west, un monde en ruine qui a été éprouvé par une guerre mondiale dévastatrice. Les survivants doivent toujours se battre contre des robots redoutables, laissés après le conflit. Sorti en 2010, c’est un jeu d’action-aventure développé par Ninja Theory (on leur doit le jeu Heavenly sword, jeu « vitrine » des atouts de la Playstation 3 avant sa sortie, et prochainement DMC : Devil May Cry, qui mettra en scène Dante dans sa jeunesse).

Vous êtes Monkey, un homme au physique musculeux qui a toujours vécu seul et éloigné des ruines citadines. Vous vous réveillez dans une cellule à bord d’un vaisseau qui transporte d’autres personnes comme vous à des fins, semble-t-il, d’esclavage. La cellule en face de la votre s’ouvre et une jeune femme s’en échappe. C’est a priori grâce à son évasion que de mauvais fonctionnements endommagent votre cellule, vous laissant le loisir de sortir et de commencer l’aventure (si vous ne le faites pas, point d’aventure …). Ce niveau sert d’apprentissage des commandes (combats, sauts et déplacements). Il vous faut vous échapper de ce bâtiment volant qui ramène à la traite des esclaves. Et le meilleur moyen est selon vous de suivre la jeune femme vers une capsule de sauvetage. Mais Trip, c’est le nom de l’inconnue, a tout autant peur de vous que des robots et vous êtes obligé de vous accrocher à la capsule car elle ne vous laisse pas rentrer dedans. Le vaisseau s’écrase dans New York et vous perdez connaissance lors de votre atterrissage.

C’est maintenant que la mécanique du jeu change : vous vous réveillez coiffé d’une couronne d’asservissement. Trip, qui vous l’a mis sur la tête, compte vous obliger à la ramener à son village. Si vous n’obéissez pas à ses ordres, si vous vous éloignez trop d’elle, la couronne vous envoie des décharges et peut même vous tuer. Encore pire, s’il arrive quoique ce soit de fâcheux à Trip (la mort par exemple !), cela vous entraîne dans une visite de l’au-delà. En somme, vous allez devoir trouver un moyen de la ramener chez elle, tout en la protégeant des nombreux ennemis qui peuplent les ruines de ce monde, la porter, l’aider à monter sur des plateformes surélevées, …

Vous portez bien votre surnom de Monkey car vous êtes bel et bien agile comme un singe. En fait, vous êtes complémentaires avec Trip : elle le cerveau ayant accès à la technologie, et vous le bras, avec vos capacités herculéennes et vos dons de gymnaste accompli. Et vous devez souvent combiner vos aptitudes pour résoudre des énigmes ou vaincre les nombreux robots qui parsèment votre parcours. Ceux-ci peuvent arborer de jolies couleurs, le bleu signifie qu’ils se protègent, le rouge signifie qu’ils vont attaquer ou qu’ils sont déjà en action ! Un code couleur assez aisé à décrypter en somme. Certains robots sont défectueux, la « libellule-scan » de Trip vous les marque par une petite icône. Ces défauts entrainent une élimination efficace et rapide de la part de Monkey à l’aide de quick time eventactions possibles pendant une cinématique en appuyant au bon moment sur un bouton défini à l'écran. On peut alors profiter des capacités du robot (explosion si on le jette sur un autre, décharge électrique qui paralyse les robots alentours, puissance de feu des tourelles que l’on peut diriger, …).

Monkey possède un bâton qui sert pour les combats rapprochés et les combats à distance grâce à une puissance de feu incorporée (les munitions sont en nombre limité et restent à trouver). Il possède également un disque qui lui sert pour glisser comme un surf sur l’eau ou les surfaces planes, un bon exercice assez reposant pour changer de style de jeu. Trip, quant à elle, vous ouvre les portes fermées grâce à son ordinateur holographique (à la Minority report). Elle met à jour et augmente vos armes, ainsi que votre santé et votre bouclier (un système d’amélioration propre au RPGRole Playing game, jeu vidéo utilisant les principes du jeu de rôle, les points d'expériencesystème utilisé au jeu de rôle permettant de faire évoluer les personnages et leurs compétences grâce à l'expérience. Les points sont reçus généralement à la fin d'un combat ou d'une action déterminante prenant l’apparence d’orbes lumineuses ici).

La difficulté est très moyenne, le softwaredésigne le logiciel, la partie programme informatique, les données intangibles par essence. S'oppose à hardware qui définit toute la partie physique du matériel informatique a une durée de vie limitée. Les mouvements de Monkey sont très faciles à assimiler, le nuage est aussi très facile à diriger, les commandes sont très agréables et il faut le signaler ! La caméra quant à elle est un vrai bonheur. Dans ce genre de jeu, les angles de vue sont trop souvent mal pris en compte et rendent difficile la gestion des combats. Ici, c’est comme une seconde nature. Il y a par contre de gros problèmes de sons, les voix sont mangées dans certaines séquences par les bruitages et la musique, on doit mettre les sous-titres pour comprendre.

Flash required

Les graphismes sont très beaux, tant dans les décors que pour les personnages. On sent le propos écologique : sans l’homme, la nature reprend ses droits et le monde est incroyablement beau. Les robots, d’ailleurs, ne sont là que pour éliminer l’homme, ils ne défigurent pas la nature et tombent en léthargie sans la présence humaine. Le jeu est divisé en chapitres, et il est librement inspiré du Voyage en occident, de Wu Cheng’en, un des romans chinois les plus connus, qui a notamment inspiré Akira Toriyama pour son Dragon ball.

On peut souligner les apports cinématographiques dans ce jeu, où de vraies prises « live » ont été insérées. Andy Serkis, l’acteur de Gollum dans le Seigneur des anneaux ou du Capitaine Haddock des Aventures de Tintin : le secret de la licorne, est à la base de la motion captureou capture de mouvement. Procédé qui consiste à filmer de véritables acteurs munis de capteurs afin de retranscrire en 3D leurs mouvements de façon la plus naturelle possible. Cette technique est aussi utilisée au cinéma de Monkey, il est sa voix et celle du grand méchant du jeu, il est aussi dans les prises de vue « live ». C’est véritablement un pont entre le cinéma et le jeu vidéo dans un nouveau genre de produit, le « transmédia ». Andy Serkis est d’ailleurs très présent dans ce genre de productions.

Nitin Sawhney, déjà au générique de Heavenly sword, compose la bande originale. La musique est un mélange de différentes tendances, elle est très légère et nostalgique, elle emprunte aussi au mouvement trip hop par moment (surtout quand il y a ajout d’une voix féminine). Le générique de fin (No death in love) rappelle le style de Portishead de ses débuts avec des silences plus remplis, qui donnent sur le new age.

C’est un jeu mésestimé, ayant des défauts mais aussi bon nombre de qualités. Il n’aura malheureusement pas de suite, le studio de développement se consacrant entièrement au nouvel épisode des aventures de Dante et le jeu ayant rapporté de trop modestes bénéfices. Un jeu agréable à (re)découvrir…

Share and Enjoy:
  • Print
  • Digg
  • StumbleUpon
  • del.icio.us
  • Facebook
  • Yahoo! Buzz
  • Twitter
  • Google Bookmarks
  • email
  • Live
  • Netvibes
  • PDF
  • RSS

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.

Time limit is exhausted. Please reload CAPTCHA.